Le ministre français des Finances Roland Lescure à Bruxelles le 9 mars 2026 ( AFP / Nicolas TUCAT )
Les ministres des Finances du G7 sont "prêts" à puiser si besoin dans les réserves stratégiques de pétrole pour tenter d'atténuer la flambée des prix du brut, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, mais n'ont pas encore décidé d'y recourir, a annoncé lundi le gouvernement français.
"Nous allons suivre les choses de près, nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires y compris en puisant dans les réserves stratégiques de pétrole de manière à stabiliser le marché", mais "on n'en est pas encore là", a déclaré à la presse le ministre français des Finances Roland Lescure, qui avait réuni ses collègues du G7 en visioconférence pour étudier la situation.
Une telle mesure, si elle s'avérait nécessaire, ne peut être efficace que si elle est mise en oeuvre de façon "coordonnée", a-t-il expliqué depuis Bruxelles, où il participe à une réunion de ses homologues de la zone euro (Eurogroupe).
Les intervenants à la réunion ont d'ailleurs exprimé "une vigilance partagée" et "une volonté très claire de se coordonner étroitement", a précisé l'entourage de M. Lescure à des journalistes.
Le président français Emmanuel Macron a, lui, estimé que les pays du G7 "s'orient(ai)ent" vers un recours à leurs réserves stratégiques de pétrole, lors d'un déplacement à bord du porte-avions français Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale.
"Les pays du G7 ont en effet des réserves stratégiques. Elles sont faites pour ça, pour piloter les choses dans les moments de tension", a-t-il dit. "Je pense qu'on s'oriente en tout cas vers des mesures techniques de cet ordre".
En route pour Chypre lundi matin, le président français avait déjà indiqué à des journalistes "que l'utilisation des réserves stratégiques était une option envisagée".
"Une coordination des chefs d'Etat et de gouvernement du G7 cette semaine sur la question de l’énergie est à l'étude", avait-il ajouté.
- Ministres de l'Energie -
Le G7, dont Paris exerce la présidence tournante, regroupe les Etats-Unis, le Japon, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie.
Le président français a également annoncé qu'une réunion des ministres de l’Energie se tiendrait mardi en marge du sommet nucléaire qui accueillera à Paris une soixantaine de pays. Cette réunion se fera au niveau du G7, a précisé l'Elysée à l'AFP.
Les prix du pétrole ont flambé avec la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz.
Le G7, dont Paris exerce la présidence tournante, regroupe les Etats-Unis, le Japon, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie ( AFP / Ludovic MARIN )
Le pétrole a brièvement bondi de plus de 30% lundi, à près de 120 dollars, faisant plonger les marchés boursiers et ravivant les craintes d'un choc inflationniste.
Si la guerre s'éternise au Moyen-Orient, l'Europe et le monde risquent de subir un "choc stagflationniste majeur", c'est-à-dire une combinaison de croissance faible et d'inflation élevée, a mis en garde le commissaire européen Valdis Dombrovskis lundi.
La flambée du pétrole s'est atténuée après l'annonce de l'utilisation envisagée des réserves stratégiques, constituées sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
L'AIE, créée en 1974 après le premier choc pétrolier, impose à sa trentaine de pays membres de détenir en permanence des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole, afin d'amortir des chocs comme un conflit au Moyen-Orient qui viendrait à durer.
- "Pas de pénurie imminente" dans l'UE -
La France détient 118 jours de stocks, a précisé le ministère de l'Economie lundi à l'AFP.
Au Japon, membre de l'AIE, le quotidien Nikkei a rapporté que les autorités avaient demandé aux détenteurs de stocks, de l'ordre de 400 millions de barils en décembre (environ 254 jours de consommation domestique), de se préparer à les libérer. Le gouvernement a dit lundi qu'aucune décision n'avait été prise.
La Commission européenne a de son côté indiqué qu'il n'y avait pas de risque de "pénurie imminente d'approvisionnement en pétrole en Europe", et que pour l'instant, aucun Etat membre n'avait décidé de recourir aux réserves stratégiques.
Mais les investisseurs s'inquiètent des perturbations de l'approvisionnement via le détroit d'Ormuz, bloqué depuis plusieurs jours et par où transitent environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux.
Les pays asiatiques en particulier souffrent déjà de l'envolée des cours des hydrocarbures.
La Birmanie et le Bangladesh ont annoncé de premières restrictions, tandis que le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a suggéré de lever les sanctions sur le pétrole russe pour "créer de l'offre".

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